Quand Saint-Charles était à Juvisy...
Comme je l’ai déjà raconté, mon frère André a été élève du Collège Saint-Charles à partir de l’année scolaire 1927/1928. Il s’est d’autant plus senti à l’aise dans cette école, qu’il adorait l’école en général. Il était très sociable et très gai… Les classes n’étaient pas surchargées à cette époque. Si je me souviens bien, il était dans la classe de Mademoiselle ROSNAY (l’orthographe n’est peut-être pas exacte !). Il aimait et craignait cette institutrice. Il n’avait aucun secret d’école pour sa famille …il racontait tout, ce qui explique que, n’allant pas moi-même à St Charles, je connaissais la vie de l’école comme si j’y étais ! André et moi nous nous entendions très bien et j’admirais ce frère, un peu diable parfois, mais tellement drôle ! Et taquin, et chahuteur (il m’a toujours prédit que je le remercierais plus tard parce qu’il « m’aurait fait le caractère » ! Et je crois qu’il avait raison.)
Donc, élève ou pas, j’allais souvent à Saint-Charles avec André. Je revois la Cour d’Honneur donnant sur la rue Victor Hugo. Lorsqu’on arrivait il y avait à droite, sous l’escalier qui conduisait à la loge des concierges, un local où se trouvaient des échasses de différentes tailles, le tout à la disposition des élèves qui ne se privaient pas de jeux de toutes sortes avec ces accessoires. Après la loge des concierges se trouvait, si mes souvenirs sont exacts, le parloir où les parents pouvaient rencontrer les professeurs ou leurs enfants qui étaient pensionnaires. J’y suis allée bien des fois avec mes parents et …j’admirais le parquet très bien ciré. Ensuite se trouvaient les bureaux du Supérieur, celui du Surveillant Général l’Abbé Hérissé. Et d’autres certainement. Puis il y avait ce grand Hall, face à la Cour d’Honneur. Que de souvenirs dans ce hall ! Il me semblait immense et je crois vraiment qu’il l’était. Lors des fêtes importantes de l’école, lorsque parents et amis étaient présents et invités à se joindre aux élèves et aux professeurs par les dirigeants du Collège, le hall servait de lieu de rassemblement, pour diverses activités… Les élèves y jouaient même la comédie. Il y avait bien une salle des fêtes, mais peut-être n’était-elle pas assez grande pour toutes les occasions ? Je ne m’en souviens plus…. Les pièces jouées étaient des pièces classiques souvent (je me souviens entre autres des Fourberies de Scapin). Quels merveilleux souvenirs ! Petite anecdote : « un jour André, alors qu’il était encore très jeune, jouait dans une pièce où il disait « moi quand je serai grand, je veux être un z’héros » ! Non seulement il y avait eu cette liaison intempestive mais, entre deux répliques, le héros en question se rongeait consciencieusement les ongles au grand désespoir de mon père qui essayait de lui faire des signes… »Il s’était fait gronder par mon père. Petit souvenir mineur, sauf en ce qui concerne son désir de devenir un héros…Prémonition ?
Dans ce hall, nous avons assisté aussi à des cérémonies religieuses, prières, saluts et bien d’autres. Quelques années avant la guerre, le Collège s’est agrandi et il a été construit une nouvelle Chapelle et une nouvelle salle des fêtes. Les fêtes de Saint-Charles, elles me semblaient merveilleuses ! En particulier la kermesse annuelle. Je ne l’aurai manquée pour rien au monde ! Une particulièrement m’a marquée, mais je ne me souviens plus en quelle année. Le thème en était l’AFRIQUE DU NORD. Tous ceux qui le pouvaient s’étaient déguisés en habitants soit de l’Algérie, du Maroc ou de la Tunisie. Et les sous-sols du collège avaient été transformés en souks où l’on trouvait de tout. C’était vraiment très joli et réussi. Quels souvenirs… Il y avait aussi la fête de gymnastique avec les exhibitions notamment de Monsieur BUCHET, un ancien du collège, ancien pompier de PARIS, Capitaine des pompiers de JUVISY, décédé au cours du bombardement du 18 avril 1944. Je comprends que mon frère aimait son Collège et ses professeurs. Même après avoir quitté Saint-Charles à la fin de ses études, il a continué d’y aller à la Messe le dimanche et de fréquenter la Troupe scoute …C’était sa vie… Et ce collège a cessé de vivre à JUVISY le 18 avril 1944... Cela nous avait rendus bien tristes mes parents et moi. L’aile qui avait été moins atteinte, a été transformée en 1947, en appartements pour les sinistrés. Mon mari et moi avons habité dans l’ancien réfectoire et ma mère dans l’ancienne lingerie ! A défaut d’avoir été à l’école au Collège, il m’a quand même rendu service pendant deux ans ! On se console comme on peut ! Ces souvenirs sont peut-être jetés un peu en vrac sur ce papier… Ce sont des souvenirs de jeunesse et…ma jeunesse est loin. Mais tels quels, j’espère qu’ils permettront de se représenter « l’ancien collège ».
Geneviève COTTY-LAVAUD
Montpellier 8 janvier 2008